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Leonora Miano et Pierre Lemaître, des inventeurs de réel

C’était l’une des dernières rencontres de cette 32e Foire du livre et c’était loin d’être la moins intéressante. Elle réunissait sur le même plateau de l’espace Gazeau à 16h rien moins que les prix Femina et Goncourt de cette rentrée littéraire. A cette occasion, Leonora Miano et Pierre Lemaître ont “raconté l’histoire”. Une rencontre d’une grande densité.

La rencontre animée à 16h, espace Gazeau, par Hubert Artus a été à la hauteur des espérances. Elle réunissait les prix Femina et Goncourt mais là n’était pas la seule raison de leur présence à tous les deux sur le même plateau. Pierre Lemaître comme Leonora Miano ont écrit des romans sur des événements qui ont existé, l’après première guerre mondiale dans Au revoir là-haut (Albin Michel) pour l’un, la traite négrière avec La Saison de l’ombre (Grasset) pour l’autre.

Un choix qui les a guidés l’un comme l’autre vers la mise en fiction de la réalité. “L’invention du réel, ce pourrait être une très bonne définition du genre romanesque“, a pointé Pierre Lemaître. “La fiction est ce qui sert à éclairer le réel.”

Mais quand on choisit de parler d’événements historiques, il est nécessaire de choisir un axe, un angle. “Je voulais parler de la manière dont le drame historique pénètre l’intimité”, a expliqué Leonora Miano. “Je devais pour cela trouver des personnages qui allaient servir ce sujet.” La tâche était de taille, d’autant plus qu’il ne reste pas de témoignages écrits de ces événements. “Il m’a fallu imaginer leurs réactions, essayer de me représenter d’abord à moi-même ce qu’ils ont pu vivre.” De l’ordre de la sidération selon elle. “Il n’avait aucune explication rationnelle à ce qui était en train de leur arriver. Même l’irrationnel ne répondait pas à toutes leurs questions. Je ne pense pas m’être trop trompée”, a-t-elle confié en se rapportant à l’universalité des émotions.

Pour Pierre Lemaître, la difficulté était autre. Il a pris le parti de placer le projecteur sur un angle mort de la première guerre mondiale: l’après-guerre, entre les années 1918 et 1921 à un moment où “la France a préféré honorer ses morts que de s’occuper de ses survivants.” Pierre Lemaître poursuit: “Les soldats sont passés d’une guerre à l’autre, d’un monde en ruine à un monde ruiné.”

A l’issue de la rencontre, les spectateurs ont tenu à féliciter les deux écrivains à l’instar de cette documentaliste transmettant l’émotion suscitée par la lecture du Prix Goncourt (qui dépasse quand même les 600 pages) chez des lycéens. “Dites leur merci”, a conclu Pierre Lemaître. “Si j’ai réussi à toucher des jeunes, alors je considère que mon travail est à peu près réussi. Cela me touche d’autant plus que j’avais leur âge quand j’ai découvert la guerre de 1914 au travers des Croix de bois. Cette guerre est alors rentrée dans mon musée imaginaire. J’ai su que j’en parlerais un jour. Je leur souhaite, à 62 ans, d’être romancier et de recevoir à leur tour le prix Goncourt!”

 

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Jennifer BRESSAN

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