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L'éloge de la lecture de François Busnel

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Quelque 200 personnes ont assisté hier matin au théâtre à une rencontre intimiste avec François Busnel. Et pour une fois, ce n’est pas lui qui posait les questions. Pas avare de réponses, le très bavard directeur de rédaction de Lire s’est prêté au jeu de l’interview à l’occasion des 40 ans du magazine.

Rencontre avec Francois Bunel2Du vieux canapé hideux et craquelé de Bernard Pivot que son prédécesseur à Lire, Pierre Assouline, lui a demandé de ne pas se défaire, à son imitation de Jacques Chancel, son mentor “incollable sur ABBA”, en passant par ses rêves de gosse: devenir pirate ou contrebandier, François Busnel a joué avec humour, sympathie et force anecdotes le rôle de l’interviewé. Un rôle qui ne lui revient pas d’ordinaire. Lui qui pilote l’émission La Grande libraire sur France 5 et occupe depuis une dizaine d’années le poste de directeur de rédaction au magazine Lire.

Rencontre avec Francois Bunel3Mais l’air de rien, dans la légèreté d’un échange bienveillant avec Julien Bisson, qui prendra bientôt son fauteuil au magazine, François Busnel a ponctué ses généreuses réponses d’un plaidoyer en faveur de “l’éclectisme et de la curiosité”, prolongé par “ce qui pourrait être la devise du magazine et devrait être celle de tout honnête homme”: “Au commencement est l’étonnement”. Une phrase écrite sur le tableau par son professeur de philosophie de l’époque et qui l’a accompagné toute sa vie, jusqu’au mensuel Lire. Fondé en 1975 par Jean-Louis Servan-Schreiber et Bernard Pivot, “il célèbre moins la littérature que la lecture” qui a le pouvoir, selon François Busnel, de “changer les gens”.

Et le journaliste de plaider en faveur d’une bibliographie dépoussiérée, de cours de français osant s’aventurer sur d’autres voies que celle de la dissection des textes littéraires, ne se privant pas d’aller chercher du côté d’Harry Potter ce que Emma Bovary ne peut offrir à un adolescent. “Faire lire le roman de Flaubert à un gamin de première est criminel!” Il ne s’en cache pas, lui a détesté à l’époque. Il a révisé sa position depuis. L’élégant quadragénaire reprend alors les mots et l’intonation d’un Jean Teulé qui avec la délicatesse et la langue de bois qu’on lui connait proférait dernièrement dans son émission de France 5: “Elle nous emmerde la Bovary. Elle ne sait pas ce qu’elle veut!”

Rencontre avec Francois Bunel5“Quelles ont été tes premières lectures?”, demande Julien Bisson à son patron. Mission pour Thulé, Sur la piste de Fawcett, Opération Wolf. “Vous ne connaissez pas?”, demande-t-il, malicieux. “C’est Bob Morane! Un sous-genre pour beaucoup. C’est vrai que c’était assez mal écrit”, reconnait aujourd’hui le lecteur d’Henri Vernes d’hier, mais “l’effet sur l’imagination des gamins”, dont il faisait partie, valait tous les classiques du monde: “Ça a été un choc thermique” qui lui a ouvert la voie du “prodigieux Dumas” et de Stendhal, “une autre gifle”. De quoi lui donner des envies de lire, oui mais d’écrire ? “Je n’ai aucun talent pour ça, mais moi je le sais ! Ce n’est pas de la fausse modestie. Bien sûr, j’ai tartiné à 12 ans des trucs supposés être le nouveau Goncourt. C’est la faute à Kessel, Monfreid et London!”

Non, ce qu’il voulait lui, c’est être journaliste et critique littéraire pour “creuser le mystère, qu’on ne résout jamais, qui n’a pas être résolu de toute façon”. A quoi ça sert alors ? “A rien! Il est beau qu’il y ait encore des choses qui ne servent à rien.” Une conviction aux airs de provocation qu’est venue éclairer d’une lumière nouvelle la projection de Philip Roth, biographie d’une œuvre, documentaire exceptionnel et dernier entretien auquel a consenti l’écrivain américain.

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Jennifer BRESSAN

Jennifer BRESSAN

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