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"La sélection de mon film pour les Césars est une reconnaissance de la profession"

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Où je mets ma pudeur, film du Briviste Sébastien Bailly, ex élève de l’option cinéma du lycée d’Arsonval, cofondateur et ex directeur du Festival du cinéma de Brive, est nommé aux Césars 2015 dans la catégorie Meilleur film de court métrage.

Le réalisateur a accepté de répondre à quelques questions. Il évoque son film, tourné à Paris entre le Louvre, le parc des Buttes-Chaumont et l’école des Beaux-Arts, la nomination aux Césars et ses projets.

Brive Mag : Pourquoi avoir souhaité traiter d’une étudiante en art contrainte de poser son hijab pour passer un oral ?

Sébastien Bailly : Je me suis interrogé, comme citoyen, sur ces femmes que je croisais tous les jours dans la rue, dans le métro et que je ne connaissais pas vraiment. J’écoutais les polémiques sur le voile qui reviennent très régulièrement dans notre société et je me suis simplement intéressé à la signification de ce voile.
En recueillant des témoignages et en consultant de la documentation, je me suis rendu compte que le voile, le hijab, était de nature religieuse mais également de nature culturelle. Et la question de la pudeur a donc son importance.

BM : Vous ne vous focalisez donc pas sur le voile en tant que signe religieux ?

SB : Le voile n’est pas forcément, comme peuvent le penser certains citoyens et médias à défaut de connaissance réelle, un signe religieux ostentatoire, voire provocateur. Culturellement, ce voile est imposé certes au moment de la puberté par les parents. Mais, plus tard, ces enfants devenues jeunes femmes peuvent, a priori, choisir de l’enlever. Pourtant, ce n’est pas si simple, et ça peut même être violent, de devoir enlever ce hijab qu’elles ont porté des années durant. Franchir le pas signifie pour certaines se mettre à nu dans l’espace public. C’est ce moment là, cet instant de fragilité qu’elles vivent parfois avec violence, que je souhaitais filmer.

BM : Le film a parcouru le monde et a été plusieurs fois primé. Ce parcours exceptionnel vous permet-il d’avancer plus vite dans vos projets, en étant financé plus facilement par exemple ?

SB : Bien sûr, un succès comme celui-ci attire l’attention. Mais chaque film est un nouveau projet avec ses particularités, ses défis. Même si je crois que l’on peut retrouver dans chacun de mes films une manière bien personnelle d’aborder une histoire, un sujet, par la mise en scène, je considère qu’on repart de zéro à chaque fois, avec une nouvelle histoire, de nouveaux personnages, de nouveaux comédiens. Et, même si j’aimerais pouvoir dire le contraire, pour le moment, chaque projet reste difficile à monter, comme l’avait été Où je mets ma pudeur

BM : Comment vivez-vous cette nomination aux Césars ?

SB : C’est une reconnaissance de la profession que de voir mon film être sélectionné avec 5 autres sur 350 films considérés au départ. La nomination est la dernière étape de la vie du film après un tour du monde qui a été une véritable surprise pour moi. Peut-être y aura-t-il des prolongements avec une sortie en salle ou l’édition en DVD.

BM : Quels sont vos projets en cours et à plus long terme ?

SB : Je suis actuellement en plein montage d’un moyen métrage de fiction que j’ai tourné en décembre à Tulle et qui s’appelle Une histoire de France. Il s’agit d’un portrait de la ville, de ce territoire, entre présent et passé. Mais aussi une sorte de précipité de la France.
Prochainement, je vais travailler avec des élèves d’un collège à Drancy, en Seine-Saint-Denis. De cette rencontre naîtra sans doute un film court, hybride, entre documentaire et expérimental.
J’écris également un scénario de long métrage et je réfléchis à d’autres projets de longs métrages. Il faut beaucoup de temps pour mûrir un projet, découvrir et faire naître les personnages que l’on imagine.

La 40e cérémonie des Césars aura lieu vendredi 20 février prochain au théâtre du Châtelet et sera retransmise par Canal +.

Olivier SOULIÉ

Olivier SOULIÉ

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