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La Grange ouverte s’est jouée à guichets fermés !

Le Dernier souffleur, écrit et interprété par Charles Delpy

C’est à guichets fermés que la première pièce donnée à l’occasion de la Grange ouverte s’est jouée hier soir au théâtre de la Grange à Rivet. Le Dernier souffleur, un monologue écrit et joué par Charles Delpy a tenu en haleine, durant près d’une heure, les spectateurs, entre mélancolie et exaltation, humour et désarroi. Une expérience cathartique.

Le Dernier souffleur, écrit et interprété par Charles Delpy2La quatrième édition de la Grange ouverte, une manifestation offrant à des compagnies amateurs une véritable scène, a démarré sur des chapeaux de roue hier soir. Le Dernier souffleur, monologue écrit et joué par Charles Delpy et mis en scène par Françoise Hochscheid de la Compagnie du septième rang, a fait salle comble.

Sur la scène, un brigadier, prestigieux bâton de bois dans lequel réside toute la symbolique théâtrale, et un fauteuil, entouré de deux chandeliers sur lesquels se consument lentement quelques bougies. Le personnage qui pénètre bientôt dans ce décor intimiste est à l’image de ces bougies: il se consume et sa disparition n’est qu’une question de temps. « Ce n’est pas le temps qui s’écoule. Le temps lui est intemporel. C’est nous qui nous écoulons », lance le dernier souffleur, usé et fatigué. Sa vie, sa vue, sa volonté vacillent. Et dans ce chavirement, il entraîne avec lui le métier de souffleur dont il est le dernier représentant.

Le Dernier souffleur, écrit et interprété par Charles Delpy« Souffler n’est pas jouer. De ce chisme naissent mes vertiges », confie-t-il. Toute sa vie, il a été tenaillé par le désir ardent de jouer. Toute sa vie, il a été condamné à ne faire que souffler. Une asphyxie qui le grignote et qui le ronge. Qui le tue. Dans un texte épileptique, on entrevoit les soubresauts d’une âme ravagée, les remous intérieurs d’un esprit écumeux. « Mes rêves m’ont menti »: son désespoir, sa lucidité le rendent parfois cynique. Alors, les allées et venues de son âme sont transpercées par des décrochages comiques qui tirent parfois jusqu’au pathétique. Mais rien n’y fait: son amertume s’adoucit. Alors, ses mots sont illuminés par des envolées poétiques. Dans tous ces soubresauts, son cœur balance, jusqu’à la nausée. Un mausolée, telle aura été sa fosse de souffleur.

Le Dernier souffleur, écrit et interprété par Charles DelpyIl a perdu « la bonde de sa vie ». Le dernier souffleur se vide de son être, de son âme. Et avec sa déliquescence, c’est le monde qui perd un peu de son âme, de son souffle car le souffleur est aussi un « insuffleur » qui rend le monde plus habitable. Où sont donc passés les autres « inspirateurs »: Shakespeare, Molière, Hugo, Beckett et tous les rôles qu’ils ont créés? Dans un dernier souffle, insufflé par la folle vision de tous les grands rôles qui ont tissé la matière du dieu théâtre, le dernier souffleur retrouve, au bord de la déraison, une respiration, in extremis: « Je serai l’acteur de la résurrection! »  Puis il disparaît, dans un souffle estompé par les trois coups frappés par le brigadier. La pièce ne fait que commencer!

Le dernier souffleur pano6

Les rendez-vous de la Grange ouverte (tarif: 6 euros):

  • Vendredi 6 mai, à 20h30: Lieux communs par la compagnie La Carpe.
  • Vendredi 20 mai, à 2030: Les Rigolos par la compagnie La Mouette.
  • Samedi 21 mai, à 20h30: Via Delle Oche par la compagnie Il Teatrino (spectacle en langue italienne surtitré).

Ce soir, vous avez également rendez-vous avec une lecture de Joël Jouanneau, sur une mise en espace de Denis Bonnetier. Entrée libre. Infos: 05.55.86.97.99.

Le Dernier souffleur, écrit et interprété par Charles Delpy

Jennifer BRESSAN

Jennifer BRESSAN

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