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“La fraternité est un travail de tous les jours”

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C’était l’une des Grandes leçons proposées cette année par la Foire du livre. Quelles valeurs partager et transmettre aujourd’hui? Pour répondre, ou tenter de répondre à cette question, les organisateurs avaient convié celui que l’on surnomme, parfois avec un peu d’ironie, le philosophe de la fraternité: Abdennour Bidar.

C’est un homme précieux en ces temps compliqués, troublés. Abdennour Bidar, penseur et philosophe, est depuis plusieurs années le chantre du “vivre ensemble”. Il fut même chargé de mission auprès du ministère de l’Education Nationale sur la problématique de la laïcité. Dans une période où les comportements stériles et individualistes ont la part belle, il reste persuadé que la fraternité est du domaine du possible par le travail permanent de chacun d’entre nous.abdennour-bidar2 “Je refuse d’être pessimiste et défaitiste. Plus j’avance en âge, plus je suis optimiste” en précisant qu’il ne s’agit pas “d’un optimisme béat”, à la manière bisounours, mais “d”un optimisme de volonté”.

Dans son dernier ouvrage chez Albin Michel, “Quelles valeurs partager et transmettre aujourd’hui”, Bidar passe en revue plusieurs d’entre elles sur lesquelles l’humanité pourrait, soit trouver un terrain d’entente, soit, au minimum, une acceptation de celles de l’autre. “Nous vivons en France dans une société multiculturelle” répète t-il à plusieurs reprise, et “il n’y a que la fraternité qui pourra amener l’harmonie dans l’humanité. Il n’y a pas de plan B”.

Le constat est fait par chacun d’entre nous. Nous vivons dans une société qui nous fait souffrir, qui nous étouffe, “des banquises sociales” comme les nomme Bidar en parlant de l’individualisme, de la solitude, du repli sur soi, de l’indifférence, de l’intolérance ou encore de la colère. “Si nous nous y mettons tous” assène le philosophe, “nous pouvons cultiver ces valeurs comme des vertus”. C’est le réalisme de l’exigence, l’exigence de l’action. Comme le disait Erasme, “on ne nait pas homme, on le devient”, Bidar veut “qu’on ne naisse pas fraternel, mais qu’on le devienne”. Un travail de tous les jours pour faire entrer dans nos vies plus de générosité, plus de solidarité.

Utopie? Peut-être. Nécessité? Sûrement. “Surtout depuis les attentats” précise t-il. “Là, nous sommes entrés dans une période où il faut plus que le SMIC éthique autour duquel tourne notre vie en société”. abdennour-bidar4En cultivant des valeurs communes, partagées ou tolérés par l’autre, Bidar voit la possibilité de démontrer “que le peuple français n’est pas un peuple de sang ou de couleur de peau, mais un peuple de convictions”. “Le travail est dur et compliqué” prévient-il, dans une société où “les différences et les identités sont obsessionnelles” et pourtant, pour lui, “avant tout cela, il y a un partage d’humanité”. “L’étranger, le migrant, est avant tout un être humain, il faut en prendre conscience et c’est cette attention à l’autre que j’appelle la fraternité”.

L’idée n’est pas nouvelle. Elle a un peu plus de 2000 ans. Depuis qu’un juif de Galilée a demandé aux hommes de ce monde: “Aimez-vous les uns les autres”.

A propos de la Foire du livre 2016, vous pouvez consulter nos précédents articles:

Patrick MENEYROL

Patrick MENEYROL

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