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Jungle RaidDog

Un artiste, plasticien et graffeur – Jungle RaidDog – vient de réaliser une fresque monumentale quartier des Chapélies à Brive. À deux pas de la place Nelson Mandela, la performance artistique individuelle est devenue un projet collectif : un lien entre le quartier et les engagements mondiaux pour le développement durable. Portrait de l’artiste

La jungle urbaine

Son blaze ? Jungle ! Une référence au livre de Rudyard Kipling. À l’image de sa création : foisonnante et mélangée. Un écho de la jungle urbaine et de l’art urbain au carrefour de sa vie. À  52 ans, avec sa grande barbe touffue et broussailleuse, Jérôme Laurent A.K.A. Jungle RaidDog, a l’oeil du tigre Shere Khan, la sagesse de Bagheera, et l’optimisme de Baloo.

Pour Jungle tout prend naissance dans l’enfance. Comme ce chien croisé gamin, rescapé des flammes et couvert de mercurochrome devenu son blason. Un chien rouge un peu raide (Raid Dog) qui le marque et devient sa marque, et qu’il s’échine depuis à décliner tout le long de son oeuvre comme un jalon, témoin de ses évolutions et de ses obsessions graphiques. Artiste, graffeur, illustrateur, plasticien… Il est multiple comme ses influences : Keith Haring, les comics, les pulps US, le cubisme, les dessins-animés, le graffiti… Il mixe formes, thèmes, techniques, inspirations, couleurs et typos.

Jungle a déjà plusieurs vies à son actif : après avoir travaillé dans les agences de com’ à Paris, mais aussi comme illustrateur, ou encore pour la presse, il fonde en 1989 ses propres studios de design graphique. Graphisme, scénarii et audiovisuel… il prend le virage du web en 1995. Mais un peu lassé d’un métier qui se “détériore” il revient alors à ses premières amours : la rue. Et à quelque chose de beaucoup plus simple : la toile. “J’adore les grands formats et les projets ambitieux, la rue c’est nickel pour ça !” La texture du béton, les reliefs de la brique, la porosité du support… autant d’éléments qui vont lier l’ensemble d’une fresque. Et l’inscrire dans une certaine poésie urbaine. “Ça met de la couleur dans les villes, essentiellement dans les quartiers.”

” La rue est cash ! “

Deux fois 25m de long sur 3m de hauteur. 300 bombes et 30 litres de peintures à 3 (il a deux assistants), aidés par une quarantaine de gamins : aux Chapélies sa fresque est monumentale ! Elle répond à une impulsion venue de la préfecture de la Corrèze. Une opération Vacances apprenantes initiées depuis le confinement. Déconfiner, décloisonner : voilà justement l’enjeu ! Financée par l’Agence Nationale de la Cohésion des Territoires (ANCT), et le concours de l’Agglo et de la Ville de Brive, ainsi que l’office HLM et le Centre Raoul-Dautry, la fresque de Jungle RaidDog est devenue un projet collectif. “Cela semble impossible, jusqu’à ce qu’on le fasse”, la phrase est désormais dans les murs du quartier.

“On est vraiment dans le vivre ensemble !”. La culture et l’art sont pour Jungle des passages entre les gens, entre les générations. “L’art urbain a ce principe fédérateur”. Mais l’objet ici est de rajouter du sens. “J’y ai mis des phrases qui peuvent être impactantes pour des jeunes ou des moins jeunes”.

C’est ainsi que Nelson Mandela (la place du même nom est juste à côté), fait face au poète perse du 18e siècle Djalâl ad-Dîn Rûmî : “Hier, j’étais intelligent et je voulais changer le monde, aujourd’hui, je suis sage et je me change moi-même”. Un message qui parle d’engagement. Un engagement avec l’association 4D qu’il partage pour les 17 objectifs de développement durable ratifiés par les Nations Unies : pas de pauvreté, faim “zéro”, vaccination et éducation de qualité… Et qui s’illustre dans les empreintes des mains des participants. Histoire de faire le lien entre le local et l’universel. “J’empreinte, je m’engage !”

“J’empreinte, je m’engage”

“Les gens qui passent ici peuvent dire j’aime ou j’aime pas. Ce n’est pas élitiste. La rue est à tout le monde. Soit le trait est juste, soit il ne l’est pas, et on vous le dit direct !”. Pour lui, la diversité des artistes du street art (graff, pochoirs, installations) forme le prochain grand mouvement de l’art contemporain. “Si on me recouvre, si des gamins passent et font un graff dessus, c’est normal !” L’art est à l’image de la vie, en mouvement !

[Semaine prochaine nous diffusons l’entretien avec l’artiste de 10 min. en podcast sur le site Brive.fr]

Son site : raiddog.com

Xavier HARISMENDY, Photos : Diarmid COURREGES

Xavier HARISMENDY, Photos : Diarmid COURREGES

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