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« J’essaie de faire du beau avec du moche »

Bénédicte Belpois, auteure du roman Suiza (Gallimard) sorti en 2019, qui a remporté le Prix des lecteurs de la Ville de Brive et qui s’apprête à sortir son deuxième roman Saint Jacques, est actuellement en résidence d’écriture à Brive où elle prépare son troisième livre. Il sera question d’amour avec un grand A et de relation passionnelle sur l’oreiller. Des thèmes dont l’écrivaine se délecte.

Ce n’est pas la première fois que l’auteure, née en Algérie, qui a ensuite grandi à Audeux dans le Douds, pose ses valises à Brive.

Elle y est venue pour la Foire du livre et y a obtenu le Prix des lecteurs de la Ville de Brive 2019. Elle y a aussi rencontré à 17 ans, alors qu’elle faisait du stop pour rentrer chez elle après une escapade « foireuse (sic) » dans le Larzac, un trufficulteur qui, moyennant l’hospitalité, pour ménager sa réputation de vieux garçon lui avait demandé de jouer le rôle de sa fille et l’avait amenée faire le tour du marché de la Guierle pour la présenter à ses collègues estomaqués de rencontrer la jeune fille.

Aujourd’hui, Bénédicte Belpois, auteure de Suiza, roman sorti en 2019 (Gallimard) qui vient d’être édité en Folio, est en résidence d’auteur à Brive jusqu’au 28 février. Trois semaines pour poursuivre son troisième roman. Le deuxième Saint Jacques sortira en avril.

Après des études de sage-femme et 15 ans passés à travailler au sein de l’hôpital de Besançon, Bénédicte Belpois change de boulot pour se tourner vers la protection maternelle et infantile (PMI) à Pontarlier (Douds). Elle exerce toujours.

Cette fille d’institutrice, en dehors de son activité professionnelle, lit. Lit beaucoup même. Tout. Mais surtout des romans. C’est en suggérant de modifier une scène d’amour, quelle trouvait ridicule, qu’un ami écrivain avait écrite pour son livre, que Bénédicte se rend compte qu’elle peut écrire, qu’elle sait écrire. Nous sommes en 2016.

« Alors, j’ai commencé à écrire des scènes d’amour, sourit l’auteure. J’ai tout de suite pensé à ma grand-mère, à ma mère, ma famille. Je me disais mais qu’est ce qu’ils vont penser de toi ! », se souvient la romancière.

Pour s’enlever de la pression, s’affranchir de tabous et éviter les qu’en dira t’on, Bénédicte prend un pseudo, boit un verre de vin avant d’écrire chaque scène… et tente de trouver les mots justes.

« Je trouvais qu’en général, dans les livres que je pouvais lire, les scènes d’amour étaient soit mièvres soit trop trash. Je me suis dit qu’en tant que lectrice lambda, si j’écrivais des scènes d’amour qui me plaisaient, elles plairaient au plus grand nombre. »

Plus tard, Philippe Demanet de chez Gallimard, qui a publié son premier roman, dira, pour la petite histoire, « Vos scènes d’amour Bénédicte ! Comment faites vous ? » Ce à quoi l’auteure lui répondra, « Je bois un verre de vin », et le responsable de la maison d’édition de répondre « Buvez en deux ! ».

Il y a autre chose dans les romans qui gêne Bénédicte. « On dirait que pour vivre une histoire d’amour il faut impérativement que les personnages soient beaux, riches, intelligents. » L’auteure prend le contre-pied de ces clichés. « Dans mes bouquins, mes personnages sont très abîmés par la vie. Ces gens-là sont capables d’aimer comme les autres. J’essaie de faire du beau avec du moche. »

C’était le cas de Tomàs et Suiza dans son premier roman. C’est le cas des personnages dans Saint Jacques qui sortira le 8 avril. Ce sera le cas certainement dans son prochain livre.

Dans la maison d’auteur, Bénédicte Belpois reprendra, ce soir, son activité. L’auteure se servira un verre de vin et écrira sans doute une nouvelle scène d’amour.

 

 

Julien Allain

Julien Allain

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