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Jean d'Ormesson-Marcel Conche: une rencontre au sommet

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Difficile d’imaginer meilleure introduction au programme des rencontres qui vont fleurir tout le week-end, à l’occasion de la Foire du livre: Marcel Conche vs Jean d’Ormesson. L’affiche était séduisante et elle a séduit. A 15h, le public s’est pressé très nombreux, trop nombreux même, espace Gazeau.

jean d ormessonDans la salle bondée, les esprits se sont un peu échauffés tout à l’heure, salle Gazeau. Le temps que la majorité des visiteurs trouve l’espace suffisant pour assister à la toute première des rencontres du week-end. Avec le grand philosophe corrézien Marcel Conche et l’académicien Jean d’Ormesson, bénéficiant d’un très grand capital sympathie, la barre a été placée très haute.

Hautes ont aussi été les envolées philosophiques impulsées par les deux hommes au savoir admirable et à la gentillesse contagieuse. Loin des contradictions, des paroles qui se coupent, des interlocuteurs qui ne s’écoutent pas, les deux sages ont élevé le débat, non dénué d’humour ni de tendresse.

“Je suis très heureux de retrouver le public de Brive”, a déclaré Jean d’Ormesson qui sait y faire pour mériter l’affection qu’il suscite. “Et j’ai une grande admiration pour vous”, a-t-il destiné à Marcel Conche. “Je suis coutumier de ces coups d’admiration, c’est une de mes caractéristiques un peu vieillotte et ringarde, mais vous aurez vraiment été quelqu’un qui aura compté dans ma vie.

marcel concheLeur première rencontre ne date pas d’hier. Elle se situe sur les bancs de la Sorbonne, à l’époque où tous deux passent l’agrégation de philosophie. Décrite dans le dernier ouvrage de Marcel Conche, Epicure en Corrèze, la scène est succulente: elle oppose d’un côté le philosophe, les mains brunies par le brou des noix, rappelant ses origines de modeste paysan, de l’autre le bronzage de Jean d’Ormesson qui rentre alors des sports d’hiver. Un monde les sépare. Une histoire de classe dont le métaphysicien corrézien ne veut pas rougir.”

Ce qui aurait peut-être pu le faire rougir par contre c’est la déclaration de l’académicien d’une part vis à vis du système de pensée singulier établi par le philosophe: “Je me considère comme un disciple à l’égard d’un maître”, d’autre part vis à vis de sa vie, singulière elle aussi: “C’est merveilleux ce philosophe qui part en Corse enseigner le grec à une bergère!” Rires de la salle. Marcel Conche raconte en effet cet épisode dans son ouvrage Corsica. “C’est aussi bien que Socrate enseignant à Alcibiade.”

La question de la souffrance des enfants, de l’origine de l’univers et, centrale, celle de Dieu a constitué le cœur de cet échange d’une heure. Entre le croyant et l’athée, les oppositions ont été moins vives que prévues: l’un se déclarant “catholique agnostique”: “Je ne peux pas dire que je sais que Dieu existe, mais je l’espère. J’ai remplacé la foi par l’espérance. Et l’autre affirmant : “Je procède rationnellement, j’abolis Dieu pour autant qu’il intervient dans le discours philosophique, je le laisse à la religion.”

Et Jean d’Ormesson  de terminer: “Le problème du mal est incompréhensible que Dieu existe ou qu’il n’existe pas. Mais s’il n’existe pas, c’est que l’univers est le fruit du hasard. Ainsi, soit le monde est absurde, soit il est mystère. Pour ma part, j’ai choisi le mystère mais j’ai beaucoup d’admiration pour ceux qui n’y croient pas et qui continuent malgré tout”,  sans espoir de rétribution en somme,  “à faire le bien.”

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Jennifer BRESSAN

Jennifer BRESSAN

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