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Garder la mémoire du passé enfoui

Curieux personnages que l’on peut voir s’activer dans les tranchées ouvertes pour le réseau de chaleur. Casque sur la tête, panoplie complète de l’ouvrier du BTP, ils relèvent le moindre bout de maçonnerie ancienne ou de céramique antique qu’ils dessinent méticuleusement et patiemment. Ce sont en fait des archéologues qui prennent soin d’enregistrer les vestiges de notre histoire.

La création du réseau de chaleur et la réalisation de 24km de canalisations à travers la ville s’accompagne d’un incontournable suivi archéologique. “Nous intervenons sur prescription de la Direction régionale des affaires culturelles dans certains secteurs de travaux, il s’agit essentiellement des rues en cœur de ville et sur les boulevards”, explique Jérôme Lachaud, archéologue et topographe de l’agence Eveha (il s’agit du principal bureau privé d’études archéologiques en France, avec plus de 200 collaborateurs répartis sur 14 agences, dont celle de Limoges).

Dans ses secteurs prédéfinis, une fois les tranchées ouvertes, les deux spécialistes se glissent dans le fossé afin de recueillir le moindre indice avant l’installation des canalisations et le comblement de la brèche. “Nous devons faire vite pour ne pas retarder le chantier. Notre mission est d’enregistrer toutes les informations archéologiques qui sont susceptibles d’être mises au jour. Il faut d’abord nettoyer délicatement l’endroit après le passage des pelles avant de pouvoir vraiment travailler, prendre des photos ou effectuer des relevés topographiques.” Ils passent ainsi de longues heures à fond de tranchée, à protéger comme ils peuvent de la pluie les feuilles sur lesquelles ils dessinent et décrivent méticuleusement les vestiges.

Pour l’instant, ils n’ont rien trouvé de très transcendant. Rue Charles Teyssier, derrière la mairie, ils sont tombés sur ce qu’on appelle dans le jargon du “mobilier”, un peu de céramique antique, de verre, de métal, des clous… Mais ils ont pu compléter la connaissance des niveaux de sols qui avaient été compilée dans les années 1980 lors des fouilles précédant la réalisation du parking souterrain.

Leur “trouvaille” rue Massénat est plus riche d’enseignement: “Nous avons relevé des traces de maçonneries antérieures au percement de la rue ouverte au 19e siècle. On sait par le cadastre napoléonien qu’il y avait auparavant des bâtiments à cet endroit. Et il y en a eu plusieurs, construits successivement car la disposition des murs n’est pas la même. Nous sommes remontés jusqu’au Moyen-Âge.”

Des découvertes qui intéressent évidement les archives municipales toutes proches, nos deux compères y ont d’ailleurs trouvé dans diverses documents des éléments de nature à éclairer leur travail. “Au bout de la rue, nous sommes susceptibles de tomber sur le rempart médiéval“, escomptent Jérôme Lachaud et Xavier Lhermite. Leur activité suscite toujours la curiosité. “Les passants nous observent et nous posent régulièrement des questions.”

Marie Christine MALSOUTE, Photos : Diarmid COURREGES

Marie Christine MALSOUTE, Photos : Diarmid COURREGES

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