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Eric Cherrière, de l’option cinéma d’Arsonval à Cruel, son premier long-métrage

Plus de 20 ans après son passage en option cinéma audiovisuel au lycée d’Arsonval, Eric Cherrière a sorti le 1er février Cruel, son premier long-métrage. Entre le film de genre et le film d’auteur, le cinéaste briviste décrit son polar comme “un film d’horreur existentiel”.

Déjà au collège, il séchait les cours pour aller au Rex. A cette époque-là, école et cinéma lui paraissaient être deux termes antinomiques, deux univers bien distincts. L’option cinéma audiovisuel (CAV) au lycée d’Arsonval lui a prouvé l’inverse et montré la voie. C’est là qu’a germé l’idée que le cinéma pouvait faire partie de sa vie, “que ça pouvait être un travail et que l’on pouvait vivre autour des films et des histoires qu’on raconte.”

Son goût premier de la lecture et du disque transmis en héritage, il cite Ferrat et Vian, s’est élargi au cinéma vers 7 ou 8 ans avec les films de Chaplin, ceux liés à la piraterie puis les westerns. “L’intérêt pour les polars est venu plus tard”. C’est dans ce genre que le cinéaste, passé par une licence de philosophie et l’Ecole supérieure d’audiovisuel de Toulouse, a décidé d’inscrire son premier long-métrage. A 40 ans passés, il s’est finalement lancé, “s’investissant totalement au péril de sa vie privée” après avoir écrit des romans noirs publiés au Cherche-Midi et réalisé des documentaires pour Canal et France 2.

Le film noir qu’Eric Cherrière a écrit et réalisé raconte à la fois l’histoire d’un tueur en série et d’un homme normal. “Il y a ces deux entrées. Pierre Tardieu est un intérimaire qui s’occupe de son père vieillissant et subit de plein fouet l’angoisse du temps qui passe.” Et de trancher: “La seule réponse qu’il ait trouvé pour prendre sa place dans le monde, c’est la violence. L’homme est capable du pire comme du meilleur et dans les deux cas, il est porté par la volonté d’exister.”

Dès le début, on sait qui est le tueur. Eric Cherrière balaye vite ce suspens-là. Ce n’est pas cela qui l’intéresse. “Sur le moment, le film n’est pas efficace.” A défaut de choc immédiat, le film laisse plutôt planer “un écho.” Il poursuit: “Cruel est un film d’horreur existentiel“.

Deux fictions, qui sont pour lui des références en la matière, l’ont accompagné tout au long du film: Taxi driver de Scorsese et Henry, portrait d’un serial killer de John McNaughton. “C’est le plus grand film sur le sujet, très fouillé. On vit et respire avec le tueur sans qu’il y ait d’échappatoire ou quoi que ce soit pour juger ses actes.” Pourtant, ce sont surtout des ouvrages qui l’ont inspiré : L’Etre et le néant qu’il a relu, mais aussi plus largement d’autres textes que Sartre a écrit sur la mauvaise foi.

Tourné à Toulouse sur les traces du tueur en série Patrice Alègre, le film a également pour cadre les Quatre routes du Lot, et plus particulièrement la maison de son arrière grand-mère. “J’ai écrit en fonction des décors, des matières, du vrai bois pas du formica et des vêtements confectionnés par des hommes et non pas fabriqués par des machines”, explique-t-il en mettant en avant l’authenticité à l’œuvre.

Une authenticité liée à une simplicité allant de paire avec le budget contraint du film. L’argent n’est pas le nerf de sa guerre. “Le film a été fait en dehors du système de financement normal”, explique-t-il. “Le plus dur a justement été de le faire rentrer dans ce système. La qualité du long, tourné au canon 5D, est moins bonne”, confie Eric Cherrière, “mais suffisante, d’autant que c’est l’esthétique qui a été salué dans certains festivals.” Sélectionné à Busan, Hong-Kong, Sao-Paulo, Shanghaï ou encore Beaune, “celui qu’il fallait avoir”, le film a également reçu le grand prix du festival du film policier de Cognac.

 

Jennifer BRESSAN

Jennifer BRESSAN

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