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Dix artistes se dévoilent dans "Les Entretiens de Brive" de Philippe Bouret

intro philippe bourret

Le premier volume des Entretiens de Brive: Ecrire, c’est vivre de Philippe Bouret paraissent aujourd’hui aux éditions Michèle. Durant ces 6 derniers mois, le psychanalyste briviste est allé à la rencontre de 10 figures emblématiques du monde artistique, passées par Brive ou liées d’une façon ou d’une autre à la cité. De ces rencontres, il a extrait une parole précieuse, une matière singulière axée sur l’art, l’être, la lecture et la cité. Des pages à mettre entre toutes les mains.

A noter que Philippe Bouret, présent durant les 3 jours de la 34e Foire du livre de Brive, prendra part à une rencontre sur le thème de l’écriture le samedi 7 novembre à 18h au forum des lecteurs avec Grichka Bogdanoff et Bruno Tessarech.

philippe bourret 2Il est rare de voir des entretiens avec des personnalités issues du monde artistique déployer une matière d’une telle densité, pousser si loin la réflexion d’un côté, la confidence de l’autre. De l’académicienne Danièle Sallenave, présidente de la 34e Foire du livre de Brive, à Grichka Bogdanoff, en passant par l’écrivain linguiste Alain Rey ou le cinéaste Benoît Jacquot, ils sont en tout dix artistes*, passés par Brive (au Rex, à la Foire du livre, en résidence d’écriture…) à avoir accepté de se livrer. Mais ce qui frappe, outre la profondeur des propos, c’est leur originalité.

Les uns après les autres, les artistes expriment des sentiments, se livrent sur des sujets qu’ils n’avaient jamais eu l’occasion de développer et acceptent de s’aventurer sur des terrains qu’ils n’avaient jamais encore foulés, comme la symbolique du manteau de fourrure de la comédienne et réalisatrice Maria de Meideros ou encore la question des pieds chez Benoît Jacquot.

Des thématiques inattendues, saugrenues presque, mais qui éclairent leur personnalité et leur art d’une lumière nouvelle. Lumière que certains vont faire eux-mêmes et pour la première fois dans le vif de l’échange. C’est par exemple le cas de Danièle Sallenave, emportée sur le chemin de la respiration et prenant conscience tout à coup que la disphonie dont elle souffre après chaque journée de travail vient de la vocalise silencieuse et inconsciente que le passage du stylo au clavier l’a amenée à produire.

philippe bourret1Cet aboutissement, Philippe Bouret le doit en partie à la position de passeur qu’il a choisi d’adopter. “L’artiste toujours précède le psychanalyste et il n’a donc pas à faire le psychologue là où l’artiste lui fraie la voie”, assure-t-il, imprégné de l’amour que Freud, déjà, vouait aux artistes. Et de citer encore Lacan, rendant hommage à l’auteur du Ravissement de Lol V. Stein: “Marguerite Duras s’avère savoir sans moi ce que j’enseigne.” C’est sur ce savoir présupposé à l’artiste que le psychanalyste fonde son amour pour eux, amour qu’il place au cœur de son projet.

Face aux artistes rencontrés dans les 6 derniers mois entre Brive, Bordeaux mais surtout Paris, dans des “lieux charmants” tels que l’Académie française,  ou le café de Flore, Philippe Bouret s’est présenté les mains vides (juste un enregistreur) mais la tête pleine d’un travail rigoureux effectué en amont. L’enjeu : ne pas être rivé sur ses notes mais pleinement présent tout au long de l’échange pour être en mesure de “saisir au bond l’original quand il surgit”.

Et magie de deux inconscients se mettant au diapason, l’original a effectivement surgi. “Par leur art, les artistes atteignent quelque chose de la vérité de l’être qu’on atteint en cure analytique et ils l’ont exprimé avec leurs mots.” Car pas question pour l’auteur de s’adresser uniquement aux professionnels du monde psy. “Le projet serait alors un échec.” Au contraire, il est convaincu que la psychanalyse a sa place dans la cité. Et par ce projet que lui ont confié les éditions Michel, il a voulu œuvrer à cette réappropriation. C’est essentiel: la psychanalyse étant pour lui “le seul lieu aujourd’hui où la libre-parole soit encore pleinement préservée”.

* Danièle Sallenave, Grichka Bogdanoff, Alain Rey, Benoît Jacquot, François Renault, Clothilde Leguil (par Elise Clément), Marc Pautrel, Maria de Medeiros, Louise L. Lambrichs et Marie Gaston.

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Jennifer BRESSAN

Jennifer BRESSAN

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