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Dicave ce que je suis !

Dicave, “regarde” en gitan. C’est aussi le nom d’une exposition au collège Jean Moulin qui invitait aujourd’hui à découvrir la culture des gens du voyage. Son originalité est d’avoir été préparée conjointement par des enfants du voyage fréquentant l’établissement et une classe d’élèves de 6e. Une manière de faire connaissance, de se comprendre et de doucement balayer quelques préjugés.

Kamatoute? “Ça signifie je t’aime”, traduit Lorenzo. Devant l’ado, sur le grand panneau mural, les mots en couleurs prennent au fur et à mesure sens. Yak “le feu”, maro “le pain”, moulo “les morts”, mitchto “bien”, niglo “hérisson”… Au centre de la salle, une table est dressée comme pour des convives mais les assiettes sont remplacées par des fiches détaillant les recettes récupérées auprès des mamans: sarma, civet de lapin, tajine… un itinéraire de saveurs. En fond sonore, de la musique manouche. “On a aussi reproduit une aire d’accueil. Là-bas, il y a nos différents métiers, une carte avec les endroits par lesquels on est passé… On montre notre origine, on fait voir notre vie“, expliquent avec fierté Thomas et Ryan.

Comme Lorenzo, les deux copains sont enfants du voyage, vivant leur scolarité au gré de la route. “Ils reçoivent les cours du CNED et viennent au collège quelques heures par semaine pour que je les aide à comprendre”, commente Lauranne Magnac, enseignante coordinatrice du dispositif EFIV (Enfants de familles issues du voyage). C’est elle qui est à l’origine du projet. “C’est une culture que je connais bien, c’est pour cela que j’ai choisi d’occuper ce poste depuis 3 ans. J’étais très déçue par ce que je pouvais entendre de négatif et de mauvais les gens du voyage.” Elle a donc proposé à ses collègues professeurs d’arts plastiques et de musique d’organiser une exposition afin de présenter cette culture aux élèves du collège mais aussi aux adultes travaillant dans l’établissement. “Mon but est que, petit à petit, les mentalités changent, dans le collège, le quartier, la ville… et que nous arrivions, là aussi, à vivre tous ensemble.”

Élèves du voyage et  de la classe 6e3 ont réalisé ensemble cette exposition, découvrant les uns des autres. “On a appris une autre image des gens du voyage. Ce sont des gens comme nous, mais qui n’ont pas le même mode de vie. Ils sont sympas et ils nous ont donné la bonne humeur. Maintenant, on leur dit bonjour quand on les croise”, racontent en chœur Florian, Kévin et Souhein.

Le trio explique aux visiteurs, élèves, adultes, familles, le making-off, comment s’est préparée l’exposition: “Ça fait 4 mois qu’on travaille sur ça, pendant les cours d’arts plastiques. On revenait même après le self au lieu d’aller dans la cour. On a fait aussi des caravanes chez nous.” Et ils faut voir la décontraction et la fierté avec lesquelles ils enveloppent leurs commentaires.

L’exposition est le fruit d’un réel échange. “Notre décision était de faire découvrir une véritable culture qui se transmet, fondée sur un choix de vie, une langue, le sens du partage…”, explique Sylvie Plas, principal du collège. “C’est la meilleure façon de lutter contre les préjugés de notre société. Le vivre ensemble passe d’abord par se connaître. On n’est pas obligé de s’aimer mais on peut se comprendre un peu. Tous sont enfants de la République. C’est un lien qui se tisse”, se réjouit la responsable. L’exposition aura déjà changé le regard de ceux qui l’ont réalisée. Michto (c’est bien).

Marie Christine MALSOUTE

Marie Christine MALSOUTE

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