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Deux qui ne font qu’un

Johannes Adele, ce n’est pas seulement une marque de vêtements, mais les prénoms réunis d’un couple dans la vie. Une fille un garçon, un garçon une fille qui font de la mode un manifeste chic, pratique et unisexe. Le tout conçu à Brive et vendu dans le monde.

 

On dit des vieux couples qu’ils finissent par se ressembler. Ces deux-là sont tout jeunes et viennent de se trouver sans s’être cherchés : une évidence. Johannes, le Suédois, étudie la mode à Stockholm, Adèle, la Française, à Paris. C’est à Anvers qu’ils se rencontrent lors d’un stage de six mois chez une grande dame du style, Anne Demeulemeester. Unis par la même vision, portés par un courant minimaliste, affirmatif et militant qui fait un pied de nez aux tendances internationales et aux ravages de l’uniformité, Adèle et Johannes, Johannes et Adèle, créent leur propre griffe, dessinent leurs collections, fabriquent patrons et modèles et s’engagent dans le processus de production depuis le choix du tissu jusqu’à la réalisation de la pièce finale.

Au début, Johannes n’avait pas tracé sa voie. Dans un village du Vietnam, Hoi An, qui ne compte pas moins de 4 000 tailleurs, il se dessine un costume et vient le chercher quelques jours plus tard. C’est le déclic, la révélation, il deviendra styliste. C’est ce pour quoi il est fait, le bois dont il est taillé. De retour en Suède, il intègre la très difficile et sélective école Beckmans. Adèle, qui ne le connaît pas encore, suit un cursus similaire à Paris, d’abord à l’ESMOD, puis au studio Berçot.

 

« Il y a tellement de tendances, tellement de vitesse dans le changement que nous ne pouvons pas entrer en compétition avec elles. Il nous faut notre propre vision. Nous avons été contactés par H&M pour les rejoindre, mais nous avons refusé. C’est notre propre marque que nous voulions. »

 

C’est parce qu’ils partagent leur garde-robe, qu’ils s’échangent leurs vêtements, qu’ils vivent dans un monde sans frontières que leurs choix affirmés se déclinent comme un manifeste. Les vêtements qu’ils créent sont unisexes, inscrits dans un processus réfléchi et responsable. Le vêtement n’est pas seulement investi d’une fonction, mais aussi d’une responsabilité. Il est le porteur d’un message. Le vêtement est un récit. « Nous aurions pu nous installer à Paris, raconte Johannes, mais nous avons choisi de nous en tenir isolés pour garder notre esprit clair, ne pas nous laisser entraîner dans un tourbillon qui brouille nos idées. »

Brive s’impose comme une retraite créative et méditative où toutes les pièces du vêtement se réfléchissent et se composent comme une partition.

Le logo, par exemple, est la reproduction linéaire de leurs deux noms réunis en morse. Les lignes droites et interrompues se retrouvent, comme un clin-d’œil dans certains de leurs accessoires. C’est une signature secrète. Un message à l’encre sympathique. La marque a été élue meilleur talent dans le Elle suédois en 2017, et s’est classée en deuxième position à la compétition internationale de tous les Elle étrangers. Un talent reconnu. Une volonté différente. Une ligne droite et décidée qui, au sein d’une mouvance d’échange et de fusion, trace un chemin orienté vers la modernité. Un site internet en construction entrouvre avec délicatesse la porte de leur univers codé. www.johannesadele.com. Frédérique Brengues-Rolland

Frédérique Brengues, Photos : Diarmid COURREGES

Frédérique Brengues, Photos : Diarmid COURREGES

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