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Danielle Sallenave et ses fleurs ennemies

Avec L’églantine et le muguet (Gallimard), l’académicienne Danielle Sallenave “revisite l’histoire par le bas” en empruntant à deux fleurs symboles. “Je ne fais pas un travail d’historien. J’essaie d’éclairer nos contradictions d’aujourd’hui en réveillant les contradictions d’hier.”

Danielle Sallenave a mené l’enquête au pays de son enfance. Elle est née en Anjou, dans cette vallée de la Loire aux beaux châteaux comme au passé de luttes et de révoltes. Une région, théâtre de la guerre de Vendée et de la chouannerie, où, comme l’écrivait Aragon, “souffle vers la mer le vent républicain”. Fille d’instituteurs, son enfance a ainsi été marquée par les stigmates de cette “rivalité entre République et églises”. Même si elle ne saute pas aux yeux, cette rivalité est inscrite dans le titre même du livre. Deux fleurs symboles: “la rouge églantine était la fleur des socialistes qui a été définitivement supplantée par le muguet, fleur de la Vierge Marie, le 1er mai, sous le gouvernement de Vichy”. Cette guerre florale qui résume les grands affrontements de notre histoire nationale, serait loin d’être éteinte. “L’antagonisme est toujours là”: il imprègne aujourd’hui encore la société, éclaire nos débats contemporains et l’actuel regain nationaliste.

Si elle interroge une histoire, personnelle et régionale, l’itinérance mémorielle de Danielle Sallenave est loin d’être un nostalgique road-trip géolocalisé, mais peut tous nous interpeller. L’occasion aussi pour l’auteure de revenir sur un sujet de prédilection: l’école, ce modèle scolaire et éducatif républicain dont elle a hérité. L’école à qui il incombe de veiller à ce que l’inégalité sociale ne se redouble pas d’une inégalité devant la connaissance, le savoir, le maniement de la langue”. Avec cette impression inquiétante “que le monde moderne transmet moins bien le monde ancien”. Et son constat est attisé à la lumière des dernières commémorations de ce Centenaire 14-18. “Nous avions le sentiment de nous inscrire dans un monde plus vieux que nous. Nous avons derrière nous des générations de morts, nous avons la charge de ces morts qui ont besoin de nous pour continuer à vivre.” Pour l’académicienne, l’enjeu de cette “expérience fondatrice commune” passe par une éducation laïque et ouverte” et qui fait “le pari d’une République généreuse”.

 

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Marie Christine MALSOUTE, Photos : Diarmid COURREGES

Marie Christine MALSOUTE, Photos : Diarmid COURREGES

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