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Daniel Pennac: ce “dictateur efficace qui ne se représentera pas “!

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Président de la 35e édition de la Foire du livre de Brive lancée ce matin, Daniel Pennac a indiqué non sans humour qu’il serait ce week end un “dictateur efficace mais qui ne se représenterait pas”! Durant l’heure qu’a duré son grand entretien dans un forum Alain Gazeau bondé, il a su séduire son monde grâce à sa prose chatoyante, son humeur légère et souriante et son regard tendre et brillant posé tour à tour sur sa vie, la littérature, ses amitiés, la maison Gallimard, la jeunesse, l’éducation

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Il est aujourd’hui l’un des écrivains préférés des Français. Daniel Pennac est l’auteur d’une œuvre multiple, créateur de la saga Malaussène et prix Renaudot 2007 pour Chagrin d’école. Hier encore et de son propre aveu, il était cancre pourtant. Et “le cancre est suspicieux. J’étais incapable de répondre spontanément aux questions car je croyais qu’il y avait toujours des pièges, des jugements implicites de la part des adultes. Si on me demandait combien faisaient 2 et 2, je me disais que ça ne pouvait pas faire 4 car c’était trop simple.”

entretien-avec-daniel-pennac2L’auteur, qui n’a pas lésiné sur les anecdotes, a par exemple raconté au public cette soirée durant laquelle sa mère avait regardé un film tourné par Arte sur lui. “Largement hagiographique”, il avait pourtant inspiré in fine à celle-ci cette pensée, adressée à son autre fils: “Tu crois qu’il s’en sortira un jour ?” Rires dans l’assistance. C’est que, du fait d’une scolarité ratée, “ma mère n’entrevoyait mon futur que comme un présent aggravé”. Et de conclure: “la cancrerie devient honte qui devient ressentiment puis vengeance et finalement violence, d’où cette urgence à soigner la peur.”

entretien-avec-daniel-pennac3Ce qu’il s’est attaché à faire durant ses années d’enseignement, entre 1969 et 1995. Il était “hors de question que les enfants aient peur de moi, aient peur de mes questionnements”. Comme il l’a révélé durant son entretien, c’est un professeur de 3e qui lui a “sauvé la peau. C’était “un vieux réactionnaire” mais il avait vu, à travers les mensonges inventés par le jeune Pennacchioni, sa formidable imagination. Il m’a dispensé de tout. J’avais pour tous travaux, le devoir d’écrire un roman d’ici le début du second trimestre. J’avais enfin le sentiment d’exister et d’exister en tant que détenteur d’une capacité. Il savait trouver une solution pour chaque gosse et avait compris qu’une classe n’était pas un régiment mais un orchestre.

Convaincu que “le sentiment est seul véhicule en littérature”, Daniel Pennac a aussi partagé avec le public ses coups de cœur littéraires pour les Italiens Moresco, Giordano ou Ferrante mais aussi pour le jeune écrivain Alexandre Postel et son grand ami Jean-Marie Laclavetine. Des auteurs qui l’ont “sidéré”. Il a aussi ouvert pour le public les coulisses de Gallimard, “la plus grande maison du monde grâce à son fonds littéraire copieux”, célèbre pour sa couverture d’un “délicieux crème rosé”. Un “temple froid” qu’il a réchauffé de sa voix aux accents luchinisants, en racontant sa première visite à la Série noire qui avait choisi d’éditer son premier livre Au bonheur des ogres en 1985. Une descente à la cave (pour une série noire, c’est cohérent, a-t-il fait remarquer), un accueil par un vieux monsieur à bandana et aux cheveux blancs et la Carmagnole entamée à l’harmonica l’ont décidé à ne plus jamais quitter cette maison.

L’heure a vite passé. Pour les spectateurs qui pourraient être restés sur leur faim, il y a encore la rencontre qui réunira Pennac et les Italiens Fabio Gambaro et Antonio Moresco demain samedi à 15h au forum Alain Gazeau puis le soir à 20h au théâtre sa lecture de Giono et Laclavetine; mais aussi du préambule d’Une petite robe de fête de Christian Bobin sur l’apprentissage de la lecture comme perte d’un paradis. Restera, ce moment passé, l’opportunité de retrouver Daniel Pennac en janvier dans son dernier livre. Il a en effet renoué avec la saga d’hier en écrivant Le cas Malaussène. Voilà qui devrait réjouir plusieurs générations de lecteurs.

 

Jennifer BRESSAN

Jennifer BRESSAN

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