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Christian Puydebois: un boxeur de la vie

intro c puydebois

A l’heure où le Boxing club organise son annuel gala avec 8 combats amateurs et 3 pros dont le final international féminin (lire ici), rencontre avec son président d’honneur, Christian Puydebois. L’ancien boxeur devenu directeur technique national, aura été de tous les combats, ouvrant la boxe aux femmes, aux jeunes des quartiers difficiles, aux détenus, aux toxicos… “La boxe a une fonction sociale.”

photo nbLes minots les plus récalcitrants lui donnent respectueusement du « monsieur ». Les notables le saluent avec tout autant d’estime par son prénom. Car s’il y a un « monsieur boxe » à Brive, c’est incontestablement Christian Puydebois. La septantaine alerte, ce tchatcheur impénitent a consacré au noble art 59 ans d’un quotidien débordant de souvenirs, bringuebalant à travers continents cette gueule caractéristique de combattant, un facies de baroudeur toujours debout pour encaisser les coups de l’existence. « J’ai eu une vie extraordinaire », résume-t-il. Elle le serait à moins.

Au début boxeur lui-même, il a disputé 12 combats, ce qui lui vaut toujours la déférence de ses pairs. Le super walter a ensuite grimpé tous les échelons fédéraux de la boxe amateur, structurant les compétitions dans une région de plus en plus étendue. Un chemin long et sinueux pour devenir finalement directeur technique national avec quelques beaux coups de poings à son actif dont la création, envers et contre quasi tous, de l’équipe de France féminine de boxe. Sa fierté.

Avec les pionnières de l'équipe de France

« En 1999, j’ai amené les premières filles en Suède, on se savait attendu au tournant… et on revient avec le Bronze. C’était gagné. » Suivront 25 médailles sous sa houlette. C’est lui qui aura détecté des championnes comme Myriam Lamare, Nadya Hokmi ou Sarah Ourahmoune. C’est lui aussi qui aura implanté des écoles de boxe dans les quartiers “dits difficiles”, à Brive comme ailleurs, lui encore qui a encadré des stages de boxe avec des détenus – “c’était pas des voleurs de sac à main, mais du grand banditisme, condamnés à de très lourdes peines” -, mis en place aussi le plan national Toxico KO – “pour aider à dépasser la drogue par la boxe”…

“La boxe a une fonction sociale.” Lui l’aura toujours vu comme une soupape sociale, un moyen de canaliser l’agressivité, la sienne en premier plus jeune. “L’agressivité est une qualité.” L’affirmation peut surprendre: “Il faut la canaliser bien sûr, mais c’est un révélateur qui permet d’aller au-delà de soi et à la rencontre des autres. Celui qui ne vient à la boxe que pour se battre, pour être plus fort, faire le gros bras, il ne reste pas, car il y a toujours le risque d’être détrôné.”

christian puydebois gala 2015Le DTN aura également formé des cadres, perfectionné des boxeurs et arbitres de divers pays pour les Jeux de l’Afrique de l’Ouest, de l’Océan indien ou du Pacifique Sud. Il aura fréquenté les ministères, dispensé ses conseils avisés en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Niger, en Centre Afrique, en Guinée…

Des missions qui n’ont pas manqué de piquant, quelquefois de risques. « Ma fille me dit d’écrire un livre. » Il raconte, amusé, emporté dans un trop plein de souvenirs qui surgissent intempestivement. “Je me suis fait tirer dessus au Congo”, repart-il. Une anecdote en réveille une autre, une histoire chasse l’autre… Intarissable.

Un problème de santé le privera malheureusement d’aller jusqu’à l’apothéose d’une carrière, les JO de Sydney. La retraite venue, un tel voyageur aurait pu se laisser bercer par l’indolence du temps. Mais non, le voilà président de club, qui sauve en 4 ans le Boxing briviste d’une mauvaise passe financière. Il en a démissionné l’an dernier, jurant à qui veut l’entendre avoir enfin « raccroché les gants ». Il en reste président d’honneur.

lors du gala 2015Mais dans tout son impressionnant parcours, le si demandé facilitateur n’a pourtant jamais quitté Brive. « J’ai toujours vécu ici. Je suis un indéracinable. » Et ce n’est pas la seule ambiguïté qui le caractérise. A la fois impulsif et réfléchi, impétueux et observateur, souvent charmeur. Un personnage, sûrement, riche de contrastes et d’humanité. Avec aussi toutes les aptitudes propices au sport de combat.

L’enfant du pays aurait pu tout aussi bien se tourner vers le rugby qu’il affectionne aussi (il est d’ailleurs à l’origine du Brive Olympique, ancêtre de l’actuelle EVMBO), s’il ne s’était trouvé sur la trajectoire du joueur du CAB, Pierre Theillet, lui-même pratiquant qui l’initie à la boxe. « J’avais 14 ans et j’étais fasciné par son gabarit et ses oreilles en chou-fleur. » A quoi tient une destinée !

gala 2015Le gamin batailleur aura trouvé sa discipline pour la vie. Celle qui lui a apporté la diversité des milieux et la richesse des rencontres humaines. « La boxe, c’est un sport de face à face, révélateur, où l’on doit toujours tenir compte de l’autre, qui force la communication. Tu peux pas tricher. Il faut attaquer, apprendre à esquiver, s’adapter en permanence… comme dans la vie. Oui, c’est un sport violent, qui ne laisse pas indifférent. » Mais derrière cette dureté, il y a pour lui quelque chose de plus fort, un respect, une complicité, une altérité. « La boxe est un sport de sentimental. »

 

Marie Christine MALSOUTE

Marie Christine MALSOUTE

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