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Catherine Breillat: “Je suis définitivement folle !”

Catherine Breillat entourée de Sébastien Bailly, directeur du festival, et de Luc Moullet, réalisateur

La cinéaste Catherine Breillat était au Rex hier. Invitée par le Festival du Cinéma de Brive, elle a pu découvrir le portrait que lui a consacré le réalisateur Luc Moullet, qui fut l’un des premiers critiques à soutenir les films de Catherine Breillat.

Catherine Breillat“Je suis définitivement folle!” rit Catherine Breillat. Ces premiers mots ont fusé dès le retour de la lumière dans la salle 2 du Rex où un portrait de la cinéaste par le réalisateur et critique Luc Moullet venait d’être diffusé.

Évitant le piège de l’exhaustivité en n’évoquant que quelques films (Une Vraie jeune fille, Tapage nocturne, 36 fillettes, Romance et Anatomie de l’enfer) , le documentaire dresse un portrait gentiment flatteur de la cinéaste. On la voit échanger avec Luc Moullet, et même rire de ce que le critique a pu remarquer parfois dans ces films.

Le réalisateur Luc MoulletLa complicité est évidente. Ils ne se connaissaient pourtant pas vraiment avant le tournage. “Je savais que Luc Moullet appréciait mes films, et j’appréciais les siens. Nous étions des amis de cinéma, c’est parfois tellement mieux ainsi”.

D’autres intervenants évoquent Breillat dans ce documentaire de la série “Cinéastes de notre temps” intitulé “Catherine Breillat: la première fois”. L’actrice Roxane Mesquida par exemple, qui a tourné à trois reprises avec Breillat et décrit une réalisatrice qui “pousse ses acteurs en étant très physique, très dure, pour nous mettre dans un certain état avant de tourner”. Un état indispensable pour se transcender, car il s’agit souvent de tourner de l’inédit, de filmer ce qu’on ne montre pas.

Catherine Breillat au Rex

“Le cinéma me permet de matérialiser les interdits”, explique Catherine Breillat dans le documentaire. Elle qui a su “discuter efficacement avec la censure” pour que ses films puissent (miraculeusement!) être vus a souvent choqué, a été longtemps détestée et l’est sans doute encore par quelques-uns.

“Dans les programmes télé, j’ai parfois lu que mes films étaient classés dans la catégorie “érotique”. C’est incroyable! Je fais le contraire de l’érotisme! Mes films sont froids, ils sont vraiment débandants!’ rit-elle en lançant ce qui, pour les spectateurs, est une évidence.

Certaines images ont marqué les esprits et n’ont effectivement rien d’érotique: une jeune fille allongée, nue, et un homme qui découpe à la main un ver de terre et en dépose les morceaux sur les parties intimes de ce corps étendu, un individu qui brise un pare-brise puis un crâne avant de violer une autre jeune fille, un chien en état de décomposition que des mouches prennent d’assaut, une femme qui plonge dans un verre d’eau un tampon hygiénique usagé et son compagnon qui se délecte de cette boisson interdite, autant de scènes que seule Breillat a osé filmer, sans vraiment se soucier des conséquences.

“J’ai vu la haine contre moi en assistant, de manière anonyme pour ne pas me faire lyncher, à des projections de Tapage Nocturne. Les spectateurs restaient un quart d’heure, puis cassaient les fauteuils en réclamant le remboursement, c’était terrible”.

Catherine Breillat lancera, dans le film, une phrase qui résume très bien son œuvre: “Je trouve que le monde n’est pas assez beau, alors je le massacre”.

La force de cette grande cinéaste n’est pas simplement d’avoir osé filmer l’obscène, mais de l’avoir fait sans jamais oublier qu’elle faisait de l’image. Passionnée de peinture, obsédée par les couleurs, son talent est de faire de “belles” images avec l’insoutenable, à l’instar de quelques grands artistes de la peinture classique capables de transcender des scènes de carnages, de naufrages, de massacres pour en faire de belles œuvres au-delà même de ce qu’elles montrent.

Olivier SOULIÉ

Olivier SOULIÉ

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