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Avoir 100 ans pendant le confinement

Photo Christine Deschamps

“On a pas tous les jours 20 ans”, dit la chanson. Alors 100 ans… Il y a encore quelques semaines, si peu, déjà si loin, Odette Puydebois s’apprêtait, ce 11 avril, précisément jour de son anniversaire, à marquer l’événement à fortes embrassades. Mais voilà, un méchant virus est venu gâcher la fête, comme celle de nombreuses autres personnes de tous âges dans le même cas. Confinement oblige, il n’y aura pas de rassemblement familial, d’effusions affectueuses autour de cette bien aimée briviste. Mais les marques d’amour vont certainement encombrées sa ligne téléphonique toute la journée. “Je ne me plains pas, je ne suis pas malheureuse et ce n’est que partie remise”, assure l’alerte centenaire d’un clin d’œil malicieux.

“Je n’aime pas être mise en avant”, n’a-t-elle cessé de répéter lors de notre entretien à distance respectable. Vous lui demandez comment se porte sa santé, c’est plutôt de la vôtre dont elle s’enquiert, minimisant ses propres douleurs. Vous l’interrogez sur sa vie, la réponse dévie très vite sur le bonheur de profiter les uns des autres. La mémoire ne flanche pas du tout, mais la coquine s’en tient à une philosophie pleine d’humilité. Au fil d’une vie qui en englobe plusieurs, elle a pourtant traversé des heures plus sombres, connu l’occupation, servi la Résistance, vu disparaitre bon nombre d’amis, des membres de sa famille et observé les rangs de sa génération se clairsemer. Sans oublier le malheur, Odette Puydebois préfère retenir le meilleur pour se tourner vers l’espérance. Alors “oui, cette période est très étrange et il faut faire avec”, s’incline la centenaire qui pensait déjà en avoir beaucoup vu. “Ce qu’il nous faut actuellement, c’est un bon moral et le courage.” Tout à fait consciente des risques que lui fait courir son grand âge face à l’épidémie, elle ne se montre pas plus inquiète pour sa propre santé mais applique scrupuleusement les mesures barrières.

“Je ne suis pas malheureuse”, dit-elle en appréciant la chance d’être en bonne santé et confinée dans une maison agrémentée d’un jardin, les deux impeccablement tenus. En guise d’exercice, elle se promène de long en large sur sa terrasse, faisant mentalement le calcul des mètres ainsi parcourus.  “J’ai de quoi manger, je suis ravitaillée, j’ai plein de coups de fil…” Entre le verre à demi plein et celui à demi vide, il y a longtemps qu’elle a choisi son camp. “Je range, je trie des papiers, je lis, je cuisine…” Avec son aide à domicile, elle s’est même lancée dans la confection de masques en tissu qu’elle distribue à son entourage. “J’ai les doigts moins agiles, je ne peux plus coudre, mais je peux encore couper le tissu et faire les plis. Je ne pensais pas finir ma carrière dans la couture, par là où j’ai commencé”, plaisante-t-elle. Cette jeune centenaire ne se désolerait finalement que d’une chose: ne pas pouvoir être, comme à son habitude, irréprochablement coiffée pour être à son goût présentable. “Je sais bien que tous les salons sont fermés, mais j’ai l’impression de ne ressembler à rien.” Toujours coquette Odette.

 

 

 

Marie Christine MALSOUTE

Marie Christine MALSOUTE

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