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A l’école de Roger Gouffault

intro ecole gouffault

Vendredi dernier 3 juin, le groupe scolaire de la Cité des Roses a pris le nom de Roger Gouffault, l’ancien résistant déporté disparu le 3 octobre dernier (lire notre article en cliquant ici). A l’heure de la sortie des classes, la mémoire de cet ardent défenseur de la dignité humaine et infatigable témoin des horreurs de la guerre, est entrée dans l’histoire de cette école. Sa transmission demeure.

 

devant la plaqueL’émotion a accompagné toute la cérémonie à laquelle assistaient autour de la famille nombre d’autorités civiles, militaires, d’anciens combattants, porte-drapeaux, élèves, enseignants, voisins et amis. En commençant par le dévoilement de la plaque à sa mémoire, portant jusqu’à son matricule “34534”, trace indélébile des atrocités perpétrées en cette période sombre par des hommes sur d’autres hommes. La plaque en bronze a été réalisée par son petit-fils, Denis, désormais à la tête de l’entreprise de modelage fonderie que le résistant déporté avait fondée à son arrivée à Brive au lendemain de la seconde guerre mondiale.

discours famille

Son arrière-petite fille Fanny a ensuite lu quelques lignes écrites par son “pépé adoré”, des passages de livre montrant l’engagement de son aïeul à transmettre aux jeunes générations un espoir humaniste et de fraternité, malgré tout ce qu’il avait subi, ne voulant surtout pas gardé “d’animosité ou de ressentiment” contre le peuple lui-même. “Ce qui compte, c’est l’homme… J’ai appris qu’on était rien les uns sans les autres”, lisait-elle des larmes dans la voix.

discours rosette gouffaultMême trémolo en gorge pour Rosette Rigon-Gouffault, sa fille, qui témoignait de “l’immense honneur” pour sa famille en donnant son nom à une école “où notre fils et moi-même avaient été scolarisés”. Roger Gouffault habitait en effet à quelques pas, rue Lafayette. Choisir une école” représente pour elle “un symbole”. Celui de la transmission dans laquelle son père s’était engagé: “Au lendemain de la libération, il a fait le serment de témoigner pour ses camardes disparus”. L’ancien résistant déporté a inlassablement sillonné les écoles, collèges et lycées pour raconter ce qu’il avait vécu, “sans raconter aux jeunes toutes les atrocités, mais en leur faisant savoir que des êtres humains pouvaient devenir des bêtes féroces”.

“On entendait pas un bruit dans la classe. Il leur racontait avec des mots simples, ce qui rendait le discours plus terrifiant”, témoignait-t-elle. “Mais toujours en leur transmettant un message d’espoir“, sa foi dans “la liberté, l’égalité et la fraternité, pour instaurer un avenir meilleur”. Un militant de la mémoire qui prônait “le respect des différences et la beauté de la vie”. “Et il était heureux de transmettre ses valeurs”, assurait sa fille.

discours du maireUn “passeur actif de la mémoire”, pour le sous-préfet Jean-Paul Vicat, “dont le souvenir et l’exemple doivent perdurer dans la mémoire de chacun d’entre nous“, a souhaité le maire Frédéric Soulier qui a retracé brièvement la vie de celui qui “a sacrifié sa jeunesse pour rejoindre, à seulement 17 ans, les rangs de la Résistance”. Il sera arrêté en 1942 et condamné à mort par la Gestapo, finalement déporté en Autriche, au camp de concentration de Mauthausen, puis d’Ebensee. “Alors que son identité était réduite à un simple nombre, le matricule “34534”, c’est grâce à la fraternité de ses compagnons déportés, et nourri de l’espoir de revoir un jour les siens, qu’il a survécu à l’enfer concentrationnaire.”

enfants sous les drapeauxRoger Gouffault cherchera ensuite à être ce passeur de ces deux facettes de l’humanité, sa barbarie comme sa fraternité, s’investissant “pour que les plus jeunes conservent le souvenir de ces pages sombres de l’histoire, comprennent ce que fut l’enfer des camps et à quelles extrémités barbares peut parfois conduire la folie des hommes”.

De son parcours, il a écrit deux livres Quand l’homme sera-t-il humain ? et Déporté à Mauthausen, inscrivant ainsi son témoignage dans le temps. “Je garde particulièrement en mémoire sa rencontre émouvante, il y a quelques années, avec le Conseil municipal des Jeunes, qui a conduit plusieurs d’entre eux à le suivre à Mauthausen, sur les traces de son passé”, a rappelé le maire. Puis s’adressant aux enfants du groupe scolaire, “vous pouvez être fiers que votre école porte le nom d’un homme qui avait au cœur des valeurs humanistes”.

lettresDes enfants, notamment des classes de CM1 et CM2, qui auront d’ailleurs préparé ce baptême en travaillant à une exposition sur le thème de la Résistance dont les panneaux servaient de cadre à la cérémonie et qui restera ensuite dans l’école. Ils ont visité le musée Edmond Michelet, étudié l’histoire de cette période, cherché les grands noms de la Résistance, le vocabulaire employé, et aussi écrit chacun une lettre à Roger Gouffault. Le travail aura ému tous les participants de cette cérémonie. Une réflexion déjà en marche… En mémoire de.

expo lettres

 

 

 

Marie Christine MALSOUTE

Marie Christine MALSOUTE

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