« L’égalité femme-homme ne se décrète pas, elle s’apprend »

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La Ville de Brive, qui a entamé un travail sur l’égalité professionnelle, organisait hier à l’immeuble consulaire une table-ronde consacrée aux parcours professionnels de femmes qui ont accédé à des niveaux de responsabilité élevés ou qui exercent des métiers dits masculins. Une première étape de la réflexion qui sera formalisée avec la signature prochaine par la Ville de la charte européenne de l’égalité femmes-hommes.

Delphine Valeille, journaliste qui a animé la table-ronde« Je vais vous raconter une anecdote », lance Chrystel Breysse, une des intervenantes, docteure en linguistique. « Un jour ma fille rentre de l’école en m’expliquant qu’elle vient d’apprendre que le féminin se forme à partir du masculin, que le féminin de boulanger est donc boulangère, du coq, la poule et de l’homme, la femme. » Et la petite fille de conclure: « En fait, une femme, c’est un homme avec des cheveux longs, sans sexe », rapporte-t-elle. « Comment ma fille, ma propre fille, la chair de ma chair pouvait-elle avancer cela », s’amuse-t-elle mi-figue mi-raisin. « Comment pouvait-elle m’expliquer qu’on définit le féminin par le masculin! »

C’est sur cette tonalité, instructive et amusante, que s’est déroulée la table-ronde d’hier soir, animée par la journaliste Delphine Valeille et organisée par la Ville de Brive à travers sa direction de la démocratie participative, de la politique des temps et de l’égalité femme/homme. D’un côté l’expérience de femmes -grand patron, chef d’entreprise, soudeuse ou routière- venues raconter leur parcours, témoigner de la plus ou moins grande difficulté d’être entourée d’hommes ou de faire un métier d’homme. De l’autre, la précision et les statistiques, apportées par Janine Vaux, membre du bureau du conseil économique, social et environnemental du Limousin. Dans tout cela, nulle place pour les discours caricaturaux: que du vécu et de la nuance.

Pour certaines, le parcours a été plus difficile que pour d’autres. Mireille Faugère, actuellement directrice générale de l’assistance publique-hôpitaux de Paris, qui a tout de même son lot d’anecdotes mysogines en poche, affirme n’avoir jamais regretté d’être une femme dans ces métiers où les hautes responsabilités sont plutôt l’apanage des hommes. C’est ce qu’elle appelle le plafond de verre.: « Plus les niveaux de responsabilité augmentent, plus la représentativité de la femme fond comme neige au soleil. C’est un phénomène têtu », déplore-t-elle.

« Le pompon », poursuit-elle, « c’est cette histoire de quotas dans les conseils d’administration: une humiliation? Je le pensais d’abord. Reste que sans quota, rien n’avance. » La docteure en linguistique explicite: « Souvent les femmes se sentent discréditées et pensent que c’est à cause du quota qu’elles sont là. Il faut inverser ce raisonnement et se dire: « C’est parce que je suis une femme que je n’y étais pas ». Eloquent.

le public« C’est comme ces féminins qu’on a du mal à employer, une soudeuse, par exemple. On ne sait pas nommer les féminins de certains postes. Si les femmes étaient mieux représentées dans ces postes, on emploierait les féminins. C’est important car pour une petite fille, il est difficile de se projeter dans un métier qui n’existe pas: ce qui n’a pas de nom n’existe pas.  » Et de conclure: « L’égalité femme-homme ne se décrète pas, elle s’apprend. Les lois sont importantes mais ne suffisent pas. Il faut travailler sur la transversalité, à tous les niveaux et tous les âges » a-t-elle martelé.

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